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Colloque international

14 et 15 décembre 2011

Université d'Artois – Arras – France

Avec la collaboration de la CDIUFM et du GERN

Violences à l’Ecole :

Normes et professionnalités
en questions

Appel à communication

Il est possible de proposer des communications individuelles ou collectives s’inscrivant dans l’un des quatre axes suivants :

Axe 1 : La violence à l’école, du problème social à l’objet scientifique : questions épistémologiques et méthodologiques

Une évidence du « problème social » des violences à l'école s'est imposée. Les réponses aux questions suivantes permettront de montrer que cette évidence ne s'est pas imposée naturellement. Comment le « problème social » de la violence s'est-il construit ? De quoi est-il le « symptôme », dans nos pays et ailleurs ? Comment s'est-il diffusé au niveau international comme un problème scientifique ? Peut-on repérer une autonomisation des connaissances internationalisées par rapport à leur espace local de production (savantes et d'action, institutionnelles et professionnelles, médiatiques et politiques) ? Quel est le rôle d'instances comme la Commission européenne ou encore l'OCDE dans cette internationalisation ? Quels en sont les outils ? Quels sont les liens entre normes dominantes de cohésion sociétale et construction sociale et/ou scientifique de l'objet ? Quels en sont en retour les effets dans les contextes locaux ? On pourra par exemple partir d'une histoire des thématisations sur les violences à l'école et des réponses proposées ainsi que des approches conceptuelles et méthodologiques de l’objet dans différents contextes locaux et nationaux. Ce premier axe permettra finalement d'interroger la manière dont l'objet s'est constitué, montrant simultanément que différentes approches se confrontent. Pour ce faire, poser un regard épistémologique sur le sujet, notamment à travers la question de la pluralité des significations de l’objet, des interactions entre ses constructions sociale et scientifique sera fondamental.

Axe 2 : Tensions, sociabilités, savoirs et expériences scolaires

Dans le problème social des violences à l'école tel qu'il s'est imposé, l'élève apparaît comme le principal responsable dans un processus d'individualisation du problème, responsabilité le plus souvent élargie à sa famille. Son comportement est étiqueté déviant, qu'il s'inscrive dans la catégorie de la délinquance ou de la pré-délinquance, ou celle de la pathologie. Cette catégorisation s'est effectuée au prisme de l'adulte, de l'institution, de la société. Il conviendra d'interroger cette construction en questionnant par exemple les concepts aujourd'hui dominants : comportements anti-sociaux, troubles du comportement, ou encore comportements à risque et les conceptions de la violence et de l'élève qu'ils véhiculent. Certaines analyses prennent en compte les contextes socio-scolaires et les enjeux en présence pour apporter d'autres éclairages. Du point de vue de l’individu/élève, ces enjeux relèvent de la reconnaissance/indifférence perçue chez les pairs ou groupes de pairs d'une part, chez les enseignants à travers les modes de relation instaurés et les résultats scolaires d'autre part. L'échec scolaire et le décrochage marquent les expériences scolaires. Du point de vue des enseignants, les écarts entre savoirs et comportements exigés, attendus et réels, obligent à des compromis plus ou moins acceptés qui ébranlent l’identité professionnelle. Des conflits se construisent sur des contenus de savoirs et des situations didactiques désormais contestés. Du point de vue des parents ou d’autres acteurs, les enjeux portent sur le respect des prérogatives de chacun alors que les demandes sont diverses, dans un contexte où les valeurs de l’Ecole sont en décalage avec certaines valeurs sociales dominantes. Il convient donc d'éclairer ces multiples dimensions dans l'apparition et le développement des situations violentes. Socialisations de classe et socialisations scolaires, sociabilités enfantines et juvéniles, modalités d’accès aux savoirs et conceptions des apprentissages, objets de savoirs et situations didactiques sont des éléments importants pour éclairer une expérience scolaire dans différents contextes (dispositifs relais, ERS, milieu pénitentiaire...) et la place que la violence peut y prendre.

Axe 3 : Victimation, expérience professionnelle et souffrance au travail

Les enquêtes de victimation montrent une place importante prise par la violence dans l'expérience professionnelle. L'idée de métier à risque tend à se diffuser chez les personnels éducatifs. Comment cette vision du métier s'est-elle installée ? Que doit-elle à la construction d'un problème social des violences à l'école ? Ces catégories font peu l'objet d'approfondissements. Se déclarer victime de violence est pourtant chargé de sens. Que révèle l'analyse des situations violentes dont les professionnels se disent victimes ? Une souffrance que les relations avec les élèves et leurs parents peuvent expliquer pour partie et qu'il conviendra d'éclairer. Certaines analyses font cependant apparaître des liens qui sont encore peu explorés avec l'évolution du métier d'enseignant et une nouvelle division du travail éducatif dans une transformation du paysage éducatif et sous l'impulsion des préconisations européennes. Les attentes de l'école se redéfinissent dans une exacerbation de la concurrence s'appuyant sur des comparaisons internationales (benchmarking) au détriment de certaines catégories d'acteurs. La performance (évaluation par les résultats, mise en concurrence...) est devenue l'objectif clé dans une économie de la connaissance, au moment même où des recherches en montrent les limites en terme d'efficacité sur les apprentissages. Quels en sont les effets dans l'appropriation par les professionnels de ces catégories de violence, de victime et de métier à risque ? Quelles en sont les implications dans le rapport aux élèves et à leurs parents mais également dans celui du métier ? On pourra aussi s'interroger sur ce que dévoile l'étude des victimations de l’enseignant en tant que sujet humain et acteur social dans une institution. Il conviendra de s'attacher à rendre intelligible la complexité du travail enseignant et plus largement des personnels scolaires et sa dynamique de transformation. On s’intéressera notamment aux mutations des identités professionnelles, ainsi que la place faite à l’élève (notamment à l'élève en échec scolaire) dans l’école, et à la manière dont celle-ci participe, dans certains cas, de la violence de l’ensemble des acteurs. La victimation pose ainsi la question de l'identité professionnelle et de l'évolution du métier, corrélatives à l'évolution des publics scolaires, des orientations nationales ou fédérales et de la place de l'école dans nos sociétés.

Axe 4 : Prévention de la violence, « best practices » et modèles de professionnalité

Le problème social des violences à l'école s'accompagne de l'identification des « bonnes pratiques » de prévention et de traitement. Comparaisons et évaluations tendent à imposer certains types de réponses au niveau international comme plus efficientes que d'autres. En France, celles qui trouvent le plus large écho sont celles qui prétendraient relever du pragmatisme et du bon sens. On pourra prendre l'exemple de la tolérance zéro, ou encore du développement de compétences sociales, et plus proches de nous, des outils tels que les formations « Tenue de classe » et « Néopassaction » pour construire l'analyse. Il s'agit d'interroger les présupposés normatifs qui en constituent le soubassement et les implications dans la construction de professionnalités spécifiques. On se demandera également pourquoi et comment la question de la violence à l’école met au centre de la professionnalité la question de l’autorité des enseignants et de la gestion de classe. Des dispositifs de formation, des programmes et des outils d’intervention, des pratiques pédagogiques seront présentés tant au niveau de la classe que de l’établissement scolaire et de ses partenariats. Ils devront faire l'objet d'une analyse permettant de mettre à jour les conceptions de la violence qui les sous-tendent et leurs effets. Il s'agira de faire émerger les logiques sous-jacentes de certaines réponses péremptoires aux effets supposés immédiats, pour ouvrir la réflexion et l'action vers des pistes de réponses possibles ajustées à la complexité des situations.